par Katia RENARD
Notre enquête nationale alerte sur la précarité financière des associations

SolPA a mené son enquête en janvier et février 2026 auprès de 402 associations de protection animale membres de notre plateforme. Les conclusions sont sans appel : la grande majorité des structures sont aujourd’hui en grande fragilité financière, mettant en péril leur mission essentielle auprès des animaux abandonnés et maltraités.
📊 Une précarité financière alarmante
Selon cette enquête, 75,4% des associations interrogées déclarent leur situation financière déficitaire (26,9%) ou fragile (48,5%), soit plus de 7 associations sur 10.
Concernant leurs réserves financières, 42,5 % avouent n’avoir n’ont aucune réserve et 23,9 % une réserve qui leur permet de tenir un trimestre seulement. Seules 6 % disposent de plus d’un an de réserve financière.
copyrightCette précarité financière est récurrente tout au long de l’année pour plus de la moitié d’entre elles (54,2%). Pour certaines, ce manque d’argent les contraint même à refuser des entrées, laissant des animaux sans solution d’accueil.
« Ces associations ont une trésorerie parfois si déficitaire qu’elles laissent souvent des ardoises auprès des vétérinaires auxquels elles confient des animaux, précise Katia Renard, présidente de Solidarité Peuple Animal. A terme, ces dettes mettent les associations en danger. Ces dernières années, beaucoup ont dû fermer leurs portes et confier leurs animaux à d’autres associations. Ce transfert d’animaux est un risque supplémentaire de précarité pour l’association qui les accueille. On est devant un cercle vicieux de la précarité. »
⚠️ Un modèle économique fragile
La difficulté à faire rentrer des fonds tient au modèle économique fragile des associations à but non lucratif (loi 1901) qui repose quasi exclusivement sur la générosité du public. 84 % des associations trouvent ainsi leurs revenus dans les dons (53 %) et l’adoption des animaux qu’elles accueillent (31,6 %). Les subventions ne représentent que 6,7 % des budgets, les activités commerciales (ventes d’objets) 5 % et les legs 3,7 %.
« Le modèle économique des petites structures de la protection animale a toujours été fragile, mais le choc inflationniste des années 2022-2023 a amplifié cette fragilité. En comparaison, les dons n’ont pas suivi à la hauteur de ces augmentations de charges car ces petites structures n’ont pas les capacités à mobiliser des donateurs, par manque de moyens financiers, de compétences en communication, de présence sur les réseaux sociaux et de temps », précise Katia Renard.
🐾 Moins de 100 000 euros par an en moyenne
L’enquête détaille par ailleurs que 83,6 % des associations disposent de moins de 100 000 € par an et même moins de 50 000 euros pour 68,4% d’entre elles (35,6 % avec moins de 20 000 € et 32,8 % avec un budget entre 20 000 et 50 000 €) alors qu’elles accueillent en moyenne jusqu’à 200 animaux par an (pour 75,5%).
copyrightSabrina Gros, présidente de La Maison des Animaux (77) : « Notre budget annuel est de 50 000 euros en moyenne. C’est le flux qui passe sur notre compte bancaire, issu principalement des dons et adoptions, mais nous avons continuellement un à deux mois de retard sur le paiement de nos factures. Heureusement, les vétérinaires jouent le jeu car sinon, nous serions dans le rouge. On peut dire qu’on est tout le temps à découvert, pas sur le compte, mais auprès de nos créanciers. L’argent qui rentre ne fait pas de trésorerie, il comble une dette. On est nombreux dans ce cas-là.»
Seules 15,2% ont un budget entre 100 et 500 000 euros (7% l’estiment entre 200 et 500 000 euros).
🏥 Les frais vétérinaires en tête des dépenses
Questionnées sur les principaux postes budgétaires, les associations ont expliqué que les dépenses vétérinaires sont leur première dépense (pour 81,6%), devant les frais de nourriture (deuxième poste budgétaire pour 61,7%) et le matériel (troisième poste budgétaire pour 48,8%).
Les salaires ne représentent le premier poste de dépenses que pour 8 % des associations.
copyright« Cela témoigne de l’importance du bénévolat pour ces petites structures, une source de main d’œuvre ‘gratuite’ pour assurer le fonctionnement quotidien, explique la présidente de Solidarité Peuple Animal. Cela montre surtout qu’elles ne peuvent pas s’appuyer sur un personnel salarié pour les tâches quotidiennes nécessaires à la prise en charge des animaux. Une situation qui s’est détériorée à la suite de la suppression des emplois aidés décidée par Emmanuel Macron en 2017. Ces emplois aidés permettaient de recruter des salariés subventionnés à 75% par l’État. Le bénévolat n’est pas un choix : c’est une nécessité imposée par le manque de moyens. »
L’enquête révèle en outre que cette fragilité économique impacte la prise en charge vétérinaire pour 64,7 % des associations, l’accueil de nouveaux animaux (pour 59,7 %) et l’alimentation (pour 37,6 %). Pour toutes, l’inflation des années 2022-2023 et l’augmentation des frais vétérinaires ont accéléré et accru leur fragilité.
Sylvie Branchard-Hanesse, présidente de La Voie Féline (92) : « L’augmentation des coûts vétérinaires, avec de moins en moins de possibilité de bénéficier de remises, est un problème qu’il faut éradiquer car sinon, on va droit dans le mur. Ces tarifs exorbitants génèrent des abandons d’animaux de particuliers auprès des vétérinaires qui se tournent vers les associations pour récupérer les animaux et régler les frais. Ce qui rend notre charge de plus en plus lourdes. Il faut tirer la sonnette d’alarme. On ne peut plus tenir. »
💔 Un impact humain considérable
Si le bénévolat est une nécessité pour ces petites associations, le recrutement n’est pourtant pas facile. Le nombre moyen de bénévoles par association est de moins de 10 pour 58,1% d’entre elles et moins de 20 pour 21,7%. Un nombre insuffisant car le bénévolat est par nature une main d’œuvre volatile et incertaine. Beaucoup ont recours à des familles d’accueil même si pour 68,5%, leur nombre est inférieur à 10.
C’est sans doute cette surcharge de travail, conjuguée au manque d’argent qui sont la cause de répercussions sur le moral des responsables d’association. 74,9 % d’entre elles (ce sont majoritairement des femmes) avouent en effet subir négativement cette situation. Pourtant, pour 83,8% d’entre elles, elles sont certaines qu’elles pourraient faire plus si elles disposaient de moyens financiers plus importants.
« La précarité constante nourrit la souffrance de compassion , ce syndrome d’épuisement qui touche 9 personnes sur 10 travaillant en refuge ou en association, souligne Katia Renard. Elles voudraient pouvoir faire plus, mais manquent de moyens financiers et humains face à l’immense tâche de la prise en charge des animaux abandonnés. »
Valérie Chatrier, présidente de l’APAVH, Association de Protection Animale Vallée de l'Hérault : « C’est l’abondance des tâches qui nous incombent qui pèse le plus. On doit être capable de tout faire : l’accueil, le soin aux animaux, la recherche d’adoptants, la gestion, la communication, les achats, la négociation… Et cela tout le temps. Personne n’imagine ce que doit porter un responsable d’association. Les bénévoles sont une aide importante mais ils ne voient que la partie émergée de l’iceberg de notre charge mentale. »
🎯 Un appel à une prise de conscience collective
« Cette enquête a pour but d’éveiller les consciences des autorités, mais aussi des particuliers, alors que les naissances de chatons vont commencer à inonder ces petites associations, analyse Katia Renard. Adopter un animal n’est pas anodin. Ne pas assumer ses responsabilités envers lui, en ne le faisant pas identifier, en ne le faisant stériliser, en l’abandonnant, c’est faire porter à de toutes petites structures le poids de son inconséquence et de sa lâcheté pour certains. »
Sabrina Gros, présidente de La Maison des Animaux (77) : « Le manque de moyens financiers me contraint à refuser des animaux ou à faire des choix difficiles. Dernièrement, j’ai refusé de rentrer un chat blanc avec une tumeur sur les oreilles ; nous n’avons pas l’argent pour le faire soigner. Une autre fois, c’est un chaton, atteint de coryza, que nous avons dû faire énucléer car la chirurgie pour sauver son œil malade était trop chère. Donc, on lui a sauvé la vie, mais pas son œil. C’est comme ça tout le temps. »
« La protection animale en France n’est pas de la seule responsabilité des associations, petites et grandes. C’est une responsabilité collective ! On ne peut pas plonger dans la misère, dans la détresse des humains– et des animaux – qui ont fait de leur vie un engagement pour sauver des vies ! » conclut la présidente de Solidarité Peuple Animal. »
