Article publié le 20 Février 2026 15:00:00
par Agnès SOUCHAL

Des ateliers pour ne plus être seul face à sa mission

La première session des ateliers autour de la souffrance de compassion, animés par Réale Couchaux, a permis à près d’une quinzaine de personnels d’associations membres de solidarité Peuple Animal d’aborder la charge mentale inhérente à leur engagement. Ensemble, ces femmes ont pu mettre des mots sur leur mal-être et commencer à mettre en place de nouveaux comportements pour alléger le syndrome d’épuisement qui a envahi leur quotidien. Bilan…

« Je me suis inscrite aux groupes de parole parce que dans la protection animale, nous sommes très seuls ». C’est par ces mots que Valérie Chartier, présidente de l’APAVH, Association de Protection Animale Vallée de l'Hérault, explique sa présence à la toute première session de webinaires traitant la souffrance de compassion au sein de la protection animale.

Animés par Réale Couchaux, intervenante en relation d’aide humain-animal, ces ateliers proposaient d’aborder le mal-être psychologique qui affecte les personnels des associations de protection animale (présidentes, salariés et bénévoles).

Cette ‘pathologie’ est décrite plus spécifiquement chez les personnes qui se dédient aux soins, que cela soit pour un humain (personnel hospitalier) ou un animal (personnel de refuges et associations). Mais si ce syndrome d’épuisement est connu dans l’univers hospitalier, il est largement ignoré dans le monde de la protection animale. Or, 9 personnes sur 10 qui y travaillent, en tant que salarié ou bénévole, se sentent concernées par les symptômes de la fatigue de compassion qui sont tout à la fois l’épuisement émotionnel, physique, le sentiment d’impuissance, la baisse de l’empathie, le surmenage (réel ou ressenti), l’endurcissement par rapport à la détresse animale, le repli sur soi, l’augmentation des conflits au sein même de la structure. Autant de signaux qui exposent celui qui en est atteint au risque de décrocher, tant socialement que professionnellement.

Une avalanche de tâches tout le temps

« C’est l’abondance des tâches qui nous incombent qui pèse le plus, décrypte Valérie Chartier. On doit être capable de tout faire : l’accueil, le soin aux animaux, la recherche d’adoptants, la gestion, la communication, les achats, la négociation… Et cela tout le temps. Personne n’imagine ce que doit porter un responsable d’association. Les bénévoles sont une aide importante mais ils ne voient que la partie émergée de l’iceberg de notre charge mentale. »

Pour la présidente, lorsqu’ils viennent aider, ils veulent d’abord être au contact des animaux, leur donner des câlins, du bonheur – et c’est important – mais leur présence est forcément ponctuelle et leur aide ne couvre pas la totalité des missions d’un refuge. Surtout, ils n’emportent pas chez eux les problèmes du refuge, en tout cas pour la majorité d’entre eux.

En proposant cette première session de groupes de paroles, Solidarité Peuple Animal a d’abord voulu faire prendre conscience aux présidentes (ce sont majoritairement des femmes) des associations membres de notre plateforme que leur ressenti, ce qu’elles peuvent percevoir comme un mal-être à poursuivre leur mission n’a pas à être caché sous le tapis et qu’il correspond à une souffrance psychologique réelle.

« Les deux premières sessions des groupes de parole avaient pour objectif de libérer la parole et de verbaliser la charge émotionnelle vécue quotidiennement, détaille Réale Couchaux, animatrice de ces sessions. Poser des mots sur les maux, en utilisant une échelle de gradation comme nous l’avons fait, permet de prendre du recul sur des mécanismes adaptatifs, et de favoriser le passage du mode « pilotage automatique » à la régulation émotionnelle ».

Déclencher la prise de conscience de l’épuisement émotionnel

Bien sûr, durant ces séances de deux heures, l’ensemble du processus de régulation que les personnes mettent en place pour essayer de ne pas être submergées n’a pas été abordé, mais elles ont permis d’enclencher l’indispensable prise de conscience et de hauteur sur la gestion « automatisée » de la charge émotionnelle. Notamment en invitant les personnes présentes aux ateliers de mettre sur pause leurs activités et de prendre le temps d’analyser et d’évaluaer les situations à forte charge émotionnelle qu’elles vivent, puis en identifiant les réactions face à ces situations. « Ces premières sessions se voulaient un tremplin pour la mobilisation du mode adaptatif dans les sessions suivantes, poursuit l’intervenante.

« Lors de cette première session, raconte Valérie Chartier, je me suis rendue d’abord compte que je n’étais pas seule à vivre ces difficultés. En fait, nous sommes tous dans la même galère. S’en ouvrir entre nous, c’est un peu une psychothérapie de groupe. »

Cette première phase de sensibilisation a débouché sur des sessions consacrées aux moyens qui peuvent être déployés pour sortir du « mode automatique de pilotage » au mode adaptatif. Notamment en favorisant l’échange et la multiplication des points de vue dans des sous-groupes de travail sur les stratégies individuelles et organisationnelles mises en place pour réduire la charge émotionnelle dans le quotidien de ces présidentes/responsables d’associations.

Mutualiser les ressources et stratégies

« Ces temps d’échange ont insufflé l’espace nécessaire à l’émergence de stratégies et ressources pour faire face aux difficultés du quotidien et dépasser les freins vécus/ressentis, développe Réale Couchaux. La mise en commun entre pairs favorise l’acceptation et l’intégration de ces dernières ». 

Ces groupes de parole ont été pensés comme des outils émotionnels pour faire naître la résilience collective et le développement des compétences interpersonnelles. « Notre rôle n’est pas d’imposer des stratégies dans un mode directif. Ce que nous recherchons c’est que les participants adoptent la coopération et l’intelligence collective, poursuit Réale Couchaux. L’expérience des unes peut apporter des pistes aux autres, c’est le principe de la mutualisation des ressources et stratégies dans l’organisation du travail, la répartition des charges, la gestion émotionnelle et la place du privé dans une mission qui peut envahir tout le quotidien.

Valérie Chartier a d’ores et déjà mis en pratique des stratégies pour « respirer un peu », comme elle l’explique : « Je respire au sens propre du terme, relate la présidente de APVH et de Perle, une autre association dont elle a la charge, pour ne plus avoir l’impression d’être en apnée. J’ai arrêté aussi de répondre systématiquement au téléphone pour sortir la tête de l’eau. J’ai appris à basculer sur email ou SMS. »

Se réapproprier du temps sans culpabiliser

Une astuce simple mais jusqu’alors jamais mise en place pour se réapproprier le temps et rester maître du moment où on se plonge dans une tâche émotionnellement intense.

Le plus difficile, de l’aveu de cette passionnée, c’est de dire non, de ne pas répondre à toutes les sollicitations pour se protéger. « C’est un projet que je compte mettre en place en 2026, poursuit Valérie, prendre une demi-journée par semaine rien que pour moi. Ce n’est pas gagné car je me sens toujours coupable de ne pas tout donner tout le temps. »

La culpabilité, c’est bien souvent le sentiment le plus difficile à taire pour la plupart des personnes qui œuvrent dans la protection animale. Car la détresse à laquelle elles sont confrontées est immense et ne connaît pas de fin. Elle est aussi entretenue parfois par ceux qui font appel aux associations, et à leurs membres, pour prendre un animal en charge, assurer un sauvetage, trapper des chats… pensant que ce qui est proposé bénévolement dans la majorité des cas est un droit. Or, la protection animale en France est entre les mains de particuliers, majoritairement des femmes, qui consacrent bénévolement leur temps libre (et bien au-delà) à soulager la détresse animale. Une mission immense dont peu de personnes prennent la mesure. « On ne peut pas continuer comme ça à laisser les habitants (ou bénévoles de la protection animale) s’épuiser seuls sur les problématiques de la protection animale, déplore une autre participante aux ateliers. Il est plus que temps que les pouvoirs publics apportent les outils juridiques à la hauteur de la situation » explique Anne Guerber, présidente de Ver Luisant.

 

ATELIERS 2026

Solipa propos de nouveaux accompagnements en 2026 !

  • Webinaire lundi 7 avril 19h30 - 21h : La fatigue compassionnelle dans la protection animale

Ce webinaire s’adresse à toutes les personnes qui œuvrent au sein d’une structure de protection animale, refuge ou association sans refuge, quelle que soit l’espèce dont vous prenez soin, que vous soyez salarié ou bénévole. Chaque participant recevra après le webinaire un livret comprenant une boite à outils pour l'aider à augmenter sa satisfaction de compassion.

  • Groupe de parole en ligne lundi 21 avril et jeudi 7 mai : 19h - 21h (nombre de places limité)

Il s’agit d’un accompagnement en petits groupes réservé à celles et ceux qui ont un pouvoir managérial au sein de leur structure (ex : président) et qui se déroulera en 2 temps. A noter qu'il s'adresse uniquement aux personnes ayant assisté au webinaire d'ntroduction sur la fatigue compassionnelle dans la PA qui a eu lieu en 2025 ou en 2026.

Lors de la première rencontre les participants seront invités à évaluer la charge émotionnelle au sein de l'association; puis lors de la seconde rencontre seront abordés les freins et ressources pour mieux la gérer et augmenter la satisfaction de compassion. L’un ne va pas sans l’autre : une fois inscrit dans le groupe (il n’y aura qu’un seul groupe cette année donc pas de choix possible dans les dates), vous serez invité à participer aux 2 rencontres qui se complètent.

Pour vous inscrire : agnes@solidarite-peuple-animal.com